
Notre Petite Vie Cernée de Rêves est sans conteste l'un des meilleurs romans jeunesse que j'ai lus et ce, depuis un bon moment !
Il a l'excellent mérite de proposer une histoire aussi agréable à lire que riche par les thèmes traités (la solitude, la question du bonheur, l'art, la culture, la famille, la confrontation individu/société) ainsi qu'un duo de personnages principaux absolument attachant. Et surtout, il ne prend pas son (jeune ?) lecteur pour un idiot !
Albert est un adolescent solitaire et effacé, qui a du mal à trouver sa place dans un monde qu'il ne comprend pas et qui, surtout, ne le comprend pas. Il se sent seul, différent des autres et peine à trouver des gens susceptibles de l'écouter et d'être sur la même longueur d'onde que lui.
Sa mère s'afflige de son manque de participation scolaire et extra-scolaire tout en ne cessant de lui reprocher d'être la cause du grand gâchis qu'est sa vie. Alors que Madame rêve de cinéma et de biens matériels tous plus superficiels et inutiles que les autres, son père, lui, souffre d'apathie après avoir vu son rêve de devenir pilote de ligne brisé. Entre une mère hystérique et un père résigné à son sort, le jeune homme n'a plus guère d'espoir de trouver un jour un sens à son existence.
Albert se pose sans cesse des questions, s'indigne face à une société toujours plus matérialiste, plus conformisme et surtout plus égoïste. C'est un éternel incompris.
Il se trouve bizarre. Il aime Shakespeare, lire le National Geographic, le jardinage et collectionner les recettes de cuisine. Il ne s'intéresse pas à ce que la plupart des jeunes de son école aiment, selon lui, à savoir le sport, le rock branché (qu'il qualifie volontiers de bruit) et les histoires d'amour sans lendemain. Il ne se considère pas comme quelqu'un de cool. Et s'il se fourvoyait totalement ? Et si cette impression d'isolement intérieur pouvait finalement être source d'enrichissement ?
C'est justement ce dont il va prendre conscience grâce à sa nouvelle et étrange amie, une vieille dame qui habite dans le même lôtissement que lui, Mme Woodfin. Orpha, de son prénom, lui ouvre les portes de son univers, de sa maison délabrée et en désordre mais aussi celles de son passé de célèbre actrice de théâtre, de femme amoureuse, indépendante et originale. Mme Woodfin est fille de conte, c'est une femme distinguée autant que chaleureuse qui a tôt fait de trouver une place dans le coeur d'Albert qui l'admire pour sa formidable culture et sa connaissance de la littérature aussi bien que pour sa tolérance et son anticonformisme.
Auprès d'elle, Albert apprendra que la normalité ne doit pas être un critère de choix et qu'il ne doit pas avoir honte d'être un garçon sensible et différent.
Ce roman, c'est aussi la touchante histoire d'une amitié hors-norme et hors du commun, d'une complicité sans failles qui se joue des générations. Ensemble, ils discuteront de sujets divers et variés, touchant à la philosophie, l'actualité, la vie quotidienne, la littérature. L'auteur nous montre ici que l'échange humain est l'une des plus belles nourritures de l'esprit.
Un petit roman admirable, qu'on ne devrait aucunement limiter à la catégorie "littérature de jeunesse", tant il peut parler à chacun de nous, aussi bien petits que grands !
Un livre à acheter mais aussi à offrir autour de soi :)
NB : A noter que ce roman américain est paru en 1968, sous le titre de "The Dream Watcher".
Pour une fois, je trouve que le titre français rend très bien justice à la sensibilité, la délicatesse
et l'humanité déployées au fil des pages.
L'avis enthousiaste de
Clarabel